Antony Costes, le croisement d’un tigre et d’un pitbull.

Antony Coste - Ironman Nice 2016

20160605 – NICE, France : Picture shows Sunday 5 JUNE 2016

A l’heure où le monde du sport parle d’exploit parce que des guerriers du nord ont humilié des Anglais apathiques, au Comptoir du Triathlon on voudrait revenir sur ce qui est un vrai exploit. Quand une quinzaine de blondinets islandais mettent 2 fois le ballon dans le filet d’une équipe anglaise qui souhaitait visiblement être à l’unisson avec son peuple en quittant l’Europe au plus vite, on parle d’un beau succès.
Mais quand un p’tit Français se tape les 180 bornes de l’Ironman de Nice avec un dérailleurs bloqué en 56*15, qu’il ne lâche pas et finit son IM coûte que coûte … c’est autrement plus balèze ! Sachant que ce bonhomme signe le 8ème temps de l’épreuve et qu’en plus il présente la thèse de son doctorat dans la même semaine, là on parle d’un Monsieur et le terme « exploit » n’est plus galvaudé.
Quand on a vu ce que « le Tigre » avait fait à Nice avec son dérailleur en sucette, on était dingues et on ne parlait que de ça. Comme on avait des questions pratiques et taquines à propos d’Antony, on les lui a posées plutôt que de rester sur notre faim.

Voici donc l’interview du Tigre façon CDT

– Notre lectorat est très grand public (la majorité ne te connaît sûrement pas), dis-nous qui tu es 

J’ai 26 ans et suis né à Auch dans le Gers. J’ai terminé mon premier triathlon à l’âge de 9 ans et pratique en club depuis l’âge de 11 ans. Après des études universitaires terminées récemment par un doctorat en Biomécanique à l’Université de Toulouse, je réalise cette année mes débuts en tant que triathlète professionnel même si je courrais déjà dans cette catégorie depuis mes débuts sur le circuit.

– Après Zell-Am-See où tu fais tout le parcours avec des crampes, te voilà de retour de Nice avec un parcours vélo sur un P5 bloqué en 56*15 . T’avais promis à ton team qu’on ne parlerait que de toi sur les réseau sociaux. Avoue, tu l’as fait exprès ?

Je me serais bien passé de ce type de notoriété cette année à Nice… Rendez-vous l’an prochain pour y parler de performance car je ne compte pas rester sur ce résultat !

– Tu es chercheur en biomécanique, tu n’aurais pas préféré être mécano à la place ?

Un mécano n’aurait malheureusement rien fait de plus en restant sur le circuit : il fallait changer de shifter, ou de vélo…
Quant à la biomécanique, difficile de dire dans quelle mesure mes connaissances m’ont été utiles sur mon effort mais une conclusion s’en tire néanmoins (malheureusement déjà connue) : pas de bricolage la semaine avant une compétition…

– Tu prends le départ de Nice avec un 56 dents ! Du coup, tu mets quoi en petit plateau ? 

A Nice j’avais un pédalier en 56-42 avec une cassette 11×28.

– Avec un 56*15, on monte assis ou en danseuse ? Ou les deux en même temps tellement on tire assis ?

Un peu des deux effectivement ! C’était du « sauve qui peut » dès que la pente dépassait 5%. Mais je suis resté concentré…

– Tu passes la côte des Condamines à pied (51m D+ sur 500m). T’as quand même tenté en roulant ?

J’ai essayé ! J’ai pris le virage à l’entrée le plus vite possible. C’était quand même mission impossible avec un dernier tour de pédale avant de poser le pied enregistré dans mon fichier à une cadence de 8 RPM !

– Cet événement te fait-il dire que tu devrais peut être emmener plus gros plus souvent ?

Non !

– Dans la liste suivante, quel est le mot que tu as le plus répété pendant la course ? Mince, zut, flute, pas de chance, putain ; fais chier ; merde ; saloperie de … ; bordel

Je suis resté très zen : dans un premier temps j’ai essayé trouver une solution pour réparer. Réalisant que c’était impossible, j’ai continué à espérer et suis resté dans la course voyant qu’il m’arrivait même d’être le plus rapide lorsque j’avais (à peu près…) le braquet adéquat. Après coup, c’est très frustrant…

– Finalement, tu fais un temps canon en vélo, est-ce que ce n’est pas plus simple de pédaler sans réfléchir plutôt que de « gérer » son vélo en regardant ses watts, tpm et cardio constamment ?

Un peu de feeling ne fait pas de mal mais c’était loin d’être optimal, que cela soit en montée ou en descente..

– Sincèrement, quand tu te lances sur le marathon, tu crois vraiment que tes jambes vont tenir jusqu’au bout ?

C’est plus mon dos qui était inquiétant au départ. A la T2, au moment de me lever de ma chaise, j’étais complètement bloqué ! J’ai essayé quand même…

– Quand tu as senti que « ça piquait » plus que de raison, pourquoi tu ne bâches pas ? Tu n’as pas eu peur de te cramer et d’avoir des séquelles le reste de la saison ?

J’ai réussi à remonter 7ème de la course autour du semi-marathon, j’y croyais donc encore… Un arrêt aux toilettes vers le 26ème km m’a complètement mis en dehors de la course. J’avais « l’autorisation » du coach pour abandonner au 30ème si l’état de ma foulée ne s’améliorait pas.

Mais entre la petite douleur physique que m’ont coûté 10km de plus au trot, et l’éventuelle douleur morale d’un abandon, j’ai choisi…

– Tu es le seul pro que l’on connaisse qui fait 3h41 au marathon et de qui on dit « c’est énorme le temps qu’il fait ». Tu te rends compte que tu crées un peu la légende de ce sport comme ce canadien qui perd sa selle et fait 140km en danseuse ?

Je me serais bien passé de ce type de légende… On le retiendra comme les débuts de mon histoire !

– Ca fait quoi de perdre 50 places à pieds lorsqu’on est aux portes du top 5 ? Tout le monde a le regard noir ou certains ont eu un petit mot ?

Avec l’écart au départ entre les vagues « Pro » et « Age Group », je n’ai en fait pas tant été doublé que ça. J’ai beaucoup été encouragé (merci au passage). Ça donne envie de revenir le plus vite possible à l’Ironman Nice qui est une épreuve magnifique !

– Te compares-tu à Pakinator (forum OLT) qui fait des Ironmans (Nice et Embrun) avec un Vélo Bleu (équivalent du vélib’ à Nice) ?

Entre un Cervélo P5 « fixie » et un Vélo Bleu, je ne regrette quand même pas mon choix !

– Comment ont été les jambes après 24/48h ? Comment as-tu géré la récupe après un tel effort ?

De façon assez originale, j’avais les jambes en plutôt bon état directement après la course ! J’ai surtout eu des courbatures au dos, mais n’ai jamais marché aussi facilement suite à un Ironman. Ma frustration était telle que j’en ai récupéré très vite, surtout moralement. Il me tarde déjà de prendre le départ du prochain Ironman !anthony coste

– Que ce soit toi ou Bertrand (Billard), il vous fallait un Top 5 pour aller à Kona. Celui-ci était était jouable avec un marathon en 2h50. Est-ce que tu y crois encore ? Est-ce qu’on peut s’attendre à un mano à mano entre vous deux ?

Le KPR fait qu’en plus de courir contre des adversaires directs comme Bertrand à Nice, il faut aussi affronter indirectement ceux qui ne sont pas au départ des mêmes courses. Pour ma part j’y crois bien sûr et aller à Kona reste mon objectif principal cette année. J’ai peut-être déjà assez de points mais je vais encore courir sur l’Ironman d’Autriche à Klagenfürt ce week-end pour assurer une qualification au premier « cut » (17 Juillet pour les 40 premiers mondiaux).
Précision : Antony n’a pas terminé Klagenfürt et Bertrand prendra le départ de Frankfort ce week-end. Donc pas de face à face entre nos deux champions pour le moment.

– Penses-tu que cet événement va avoir un effort positif sur ta notoriété auprès du monde triathlon ? Peut être le ressens tu déjà ?

J’ai effectivement reçu beaucoup de messages de sympathie et de soutien. Nombreux ont considéré ça en ligne avec « l’esprit » du triathlon et cela fait partie des valeurs que j’affectionne dans ce sport : ne pas se trouver d’excuse et aller jusqu’à l’arrivée.

– En attendant Kona, tu vas à Mooloolaba le 4 Septembre (World Championship 70.3) ? Qu’y vises-tu ?

Oui j’y vais ! Qualifié en étant 5ème du ranking mondial, j’y vais pour encore grappiller les quelques noms manquants à mon tableau de chasse sur la distance…

– Ce sera quoi la prochaine fois ? Une natation sans lunettes parce que la CAP sans chaussures c’est déjà pris par David Hauss ?

J’ai déjà fait sans chaussettes sur l’Ironman Texas et l’ai bien regretté au bout de 21km. La natation sans lunettes, j’ai des contacts si cela vous intéresse (salut Pierrot !) ! Pourquoi pas un Ironman sans ravitaillement (salut Alain !) ?

– Apres un truc pareil on se sent abattu ou invincible ?

Cela a réveillé encore un peu plus la fureur du Tigre…

On pensait qu’on devrait s’excuser humblement pour ces questions aussi naïves, bêtes, voire sarcastiques mais ce ne fut pas nécessaire (mais on l’a fait quand même). Dans la vie de tous les jours, Antony est en fait un petit minou tout gentil, tout doux qui te remercie même de lui poser des questions qui changent de l’ordinaire.
Par contre, on évitera de le croiser sur une compétition parce qu’on a trouvé à qui Rocky Balboa  a refilé The Eye of the Tiger. Et croyez-nous, mériter un tel héritage…ça c’est un véritable exploit

One Comment

  1. Punaise, ça donne envie de marcher sur les épreuves, cette interview :o) !!

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