compte rendu Ironman 70.3 Aix en Provence 2014

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5h45, le réveil sonne mais ne nous tire pas vraiment d’un sommeil profond. Malgré la fatigue d’une semaine de stage et la journée précédente qui s’est déroulée sur un faux rythme, j’ai mis du temps pour sombrer dans les bras d’Orphée. La veille, avec Jérôme, nous avons quitté la Napoule où nous avions passé une semaine à préparer et reconnaître l’IM de Nice. 2 heures d’autoroute sous le soleil avant de garer le Touran et ses 3 vélos dans le parking souterrain de la Rotonde au centre ville de Aix. Je connais bien cette ville pour l’avoir arpentée à toutes les saisons possibles en soirée avec mes clients et avec ma Carole à la recherche de notre nouvelle résidence. Si le projet de vie à Aix ne s’est pas encore fait (destin ?), mon coup de coeur pour cette citée est resté profondément encré. Sortie de l’ascenseur du parking, je replonge de suite dans l’ambiance qui me fait toujours pensé à ce que serait Neuilly si elle était à 30 km de la Méditerranée. Allée Cezane, ses immeubles neufs et modernes qui auront longtemps  été mon rêve, nous remontons vers la Rotonde puis enfin la cours Mirabeau où s’étire le village expo IronMan. Je réalise de suite que cette course n’est pas une de ces courses de campagnes mais bien une entreprises dédiée à un événementiel sportif. 1800 participants, 3600 dossards (2 chacun), les autocollants, les 5400 sacs de transitions… les rouages sont bien rodés et en quelques minutes nous avons récupéré notre packetage complet et notre sac à dos souvenir. Demain mon numéro de course sera le 1046.

Check list ironman
Mesdames, on vous raconte souvent que les hommes, n’aiment pas le shopping. Et bien, vous seriez surprises de nous voir arpenter les allées d’un village expo, cherchant l’accessoire ultime, le dernier gadget, les bidons assortis au cadre de nos vélo, la collection de maillot de bain à venir ou la nouvelle combinaison lancée par la marque de notre coeur. Le village s’étend sur une centaine de mètres et offre un accès aux boutiques éphémères de Zerod, Garmin, Ekoï, Overstims, Powerbar, Cannondale et autres noms qui nous font rêver dans les magasines. Les emplettes seront raisonnables ; une paire de patins céramiques pour les ZIPP 404 en carbone qu’on me prête généreusement pour moi et le T-shirt de la course avec le noms de chaque coureur inscrit pour mon compère. La dépose des vélo étant prévue à l’étang de Peyrolles, nous décidons de déjeuner à Aix et profitons de cette ambiance de veille de course en nous faufilant dans les ruelles du quartier Mazarin à la recherche d’une assiette de pâtes pour l’un et de riz pour l’autre. Impossible de ne pas songer à ce moment à ma petite famille à qui nous avions tant vendu ce quartier et son air de village fortifié. Je reconnais cette boutique de skate que nous avions repéré pour Erwan, le magasin Alain Figaret fournisseur officiel de mes chemises depuis plusieurs années et les restaurants intimes qui nous ont accueillis lors de nos recherches… Une terrasse au soleil d’un petit restaurant Italien retiendra notre choix et une table à l’ombre nous accueillera. Nos voisins de table sont en famille avec leurs bouts de choux et je vois bien que Jérôme est en manque de sa famille après déjà 8 jours loin de son équilibre et de sa raison de vivre. Entre chaque moment où mon Gacou joue avec les enfants de nos voisins, on ne parle que de cette course, des choix de matériel, de l’alimentation, de l’organisation de la journée en dévorant nos assiettes. En finissant mon risotto aux morilles, Jérôme découvre une surprise cachée au fond du plat. Un mégot s’est introduit dans la préparation qui, jusqu’à ce moment, était délicieuse… restau gratuit !
Vélo triathlon

Sur les bords de la route de l’étang, les vélos profilés font des tours permettant de parfaire les derniers réglages, la hauteur de selle, les tensions de câbles et autre pression de pneu. Emprunt de stress, je panique et décide à la dernière seconde de changer mes plans et de prendre mon vélo classique Time versus le chrono Cannondale préparé par Jérôme. Mon bon samaritain ne pipe mot et m’aide à refaire tous  les réglages, changer les pédales et les roues avant de déposer nos engins au parc à vélo. Je m’en veux encore de lui avoir fait subir ce caprice, d’autant qu’il n’a rien dit, au contraire il m’a rassuré et aidé dans ce bricolage « à l’arrache ». Au final, les vélos sont déposés dans le parc à vélo immense, les sacs bleus accrochés, les puces récupérées et nous reprenons la voiture vers notre hôtel à 15 minutes du futur départ. L’établissement qui nous héberge est rempli à moitié de triathlètes et le gérant offre de servir les petits déjeuners dès 6h30, soit 1 heure plus tôt qu’à l’accoutumée. Avant de partir faire quelques courses, on profite enfin d’un moment de répit pour se reposer et appeler nos familles. Le soir, on dine à l’hôtel et on refait une fois encore nos plans de course. Personnellement, j’appréhende le vélo et le parcours de CAP ne me convient pas forcément du fait des nombreuses relances et bosses dues au fait de courir dans la vieille ville. Je mise sur un temps inférieur à 6h30 et espère secrètement de m’approcher au plus près des 6 heures. De son coté mon Gacou, craint la natation et compte tenu de son pied blessé depuis des mois, ne pense même pas finir le 1/2 marathon ; Inc’Ahla…!

Athlète repos

Manque de bol ou arrivée un peu trop tardive, les bords de route sont déjà remplis de voiture stationnées et nous sommes à plus de 2km du lieu de départ. Il faut se dépêcher, voire même courir pour déposer nos sacs blancs avant 7h30. Je refuse de courir en tong de peur de me faire une ampoule qui serait une torture dans quelques heures sur mon semi. On s’approche de nos vélos, il est 7h28. Plus que 2 minutes pour gonfler les pneus. Les arbitres rodent et commencent à rappeler l’horaire ultime toutes les 15 secondes. « plus que 1 minute 30, plus que 1 minute 15,….plus que 15 secondes, c’est terminé ». Coup de sifflet, Jérôme prend le risque de continuer son gonflage car son boyau est sous gonflé. On jette les sacs blancs dans les énormes bacs et on se dirige vers le départ non sans avoir demandé à une arbitre de m’attacher ma combi et sans que Jérôme demande à une bénévole de lui attacher son cuissard à son maillot. Le départ est à environ 400m du parc à vélo, voir 500m pour ceux qui ont leur vélo au fond de l’aire sécurisée. On teste l’eau, elle est vraiment bonne, première bonne nouvelle de la journée. Les hauts parleurs crachent leur musique pop et le speaker est en verve. Il nous rappelle la présence de nombreux invités prestigieux dont le champion du monde IronMan en titre Frederik Van Lierde.
Le départ est enfin donné. Les Pros s’élancent en bonnet orange, 10 minutes plus tard ce sont les bonnets roses de femmes, puis partent les jeunes en blancs et enfin notre groupe bleu ciel. Comme prévu, c’est la bagarre ! Nous nous sommes mis le plus à droite possible car il semblait y avoir moins de monde et c’est la trajectoire la plus courte. Je fais attention de ne pas partir trop vite de et me retrouver essouflé au bout de 5 minutes. Je prends quelques coups, j’en donne aussi involontairement…c’est le jeu. Premier coup de sifflet ! J’ai trop dévié sur la droite et un bénévole m’indique que je m’éloigne de la première bouée. J’avance, l’allure est bonne et le souffle est bon. Je commence à nager seul, plus personne ne me touche les jambes ou me tape sur les bras. J’essaie de regarder devant moi le plus souvent possible mais je n’y arrive pas vraiment ; il faudra que je bosse ce point en rentrant. Mon bras droit s’accroche avec le bras gauche d’un nageur qui passe trop près de moi et d’une magnifique clé de bras je l’envoie vers le fond. Il est temps d’accélérer pendant quelques secondes pour ne pas être dans le coin quand il va refaire surface. La bouée de mi parcours se pointe mais un autre coup de sifflet retentit. ce coup-ci trop à gauche. J’arrive à virer pour entamer le retour mais à un nouveau un coup de sifflet pour moi. Je me concentre et vise la plage au loin pour essayer de ne pas errer trop au milieu de l’eau mais c’est sans compter que je vise …la mauvaise plage ! Rebelote, un coup de sifflet pour me remettre sur la trajectoire. L’eau est désormais calme et je nage en toute tranquillité, rattrapant de temps en temps un athlète qui est parti trop fort ou qui finalement nage moins vite que moi. Je double régulièrement sur la fin et dans les ultimes centaines de mètres je ressens une soudaine douleur en dessous des cotes. En fait, le mec que je viens de rejoindre craque et passe en brasse, m’envoyant un low kick dans le flanc droit ! Encore quelques mètres et c’est la fin du combat en corps à corps. Je sors enfin de l’eau sans aucune idée de mon temps car je suis parti sans montre et il n’y a pas de chrono affiché sur le parc. Je relativise en me disant que cette course n’est qu’une préparation et que c’est mieux sans le stress de l’heure. Sac bleu en main, je cherche un endroit pour m’assoir, retiré ma combi déjà sur les hanches et vétir mes quelques affaires pour le vélo. Surprise, Jérôme est déjà assis et fonce vers son S-Work ! En règle général je nage mieux que lui mais j’ai tellement voulu gérer ma fatigue et trop fait de zigzags que le filou qui a bien tiré sur ses bras m’est passé devant. Toujours aucune notion de temps pour moi car la montre de Gacou n’a pas fonctionné et mon compteur n’est pas à l’heure. Après m’être battu pour défaire l’Aquaman, je lutte avec les chaussettes puis les brassières impossibles à enfiler sur mes bras mouillés. Finalement, je suis enfin assis sur ma selle non sans avoir au préalable mis mon compteur à 00km.
Les premiers tours de roues sont fastidieux et me semblent une torture. Le flux des vélos chronos ne cesse de me dépasser. J’aurais eu l’air cruche si j’avais été sur mon Cannondale à peine à 33 km/h en faux plat descendant. Pour un concurrent que je rattrape, ils sont des milliers à me snober couchés sur leur prolongateurs. Rien à faire, le temps passe et les coureurs me dépassent tous. Au premier stand, j’attrape une bouteille d’eau que je glisse dans la poche de mon maillot ; avec mes gels et barres me voilà suffisamment équipé et je n’ai plus besoin de me préoccuper des ravitaillements, je n’ai plus qu’à me concentrer sur ma course.
De guerre lasse, je cesse de penser à tous ces coureurs qui sont désormais devant moi et je relativise. Après tout, je dois être un peu crevé de ma semaine de stage, je ne suis pas encore un cycliste et il ne faut surtout pas que je me mette dans le rouge en tentant d’atteindre une moyenne qui ne serait pas la mienne. La première bosse se présente et les jambes répondent comme il faut. Je repense aux conseils offerts par Jérôme et je passe par prudence sur mon 39 dents plutôt que d’essayer d’emmener mon 50 qui pourrait laisser des traces plus tard. « Vaut mieux ajouter une dent mais garder la fréquence de pédalage que garder ton braquet et forcer » me disait-il la veille en voiture. Je repense à tous ses conseils ; je m’alimente, je m’hydrate toutes les 10 minutes, je monte les genoux, je pédale rond et je fais attention d’être toujours sur le bon braquet. Et oh surprise!, ça commence à payer. Je récupère du monde à mon tour, surtout dans les bosses. Dans les descentes, j’ai l’impression d’être le seul à avoir lu que nous étions sur route fermée et je double comme un Valetino Rossi parti en fond de grille. Sur une épingle à droite, je fais l’extérieur non sans une pointe d’appréhension car le souvenir d’une situation similaire derrière Fabian qui m’a quasi envoyé dans le décor ressurgit à ce moment. Le plat refaisant surface, je tente de garder une allure sans regarder le compteur pour rester sur mes sensations plutôt que sur un plan de course bidon. Je vois le marquage des 30 premiers kilomètres disparaitre sous ma roue avant et mon compteur indique 58 minutes de course. Impossible de croire que je puisse être à 30 de moyenne, j’en déduit que le marquage est erroné et qu’on verra plus tard au 60ième. Nouvelle bosse suivie d’une descente et le scénario reste inchangé. La confiance et les sensations sont bonnes. Avec un concurrent local du club des Sardines, nous jouons au chat et à la souris jusqu’au moment où me faisant doubler par un « autobus » de 5 ou 6 vélos lancés, je décide de prendre le risque de chopper une roue et me voilà protéger et à vive allure. Je guette le moindre son de moteur qui pourrait arriver et qui serait un indice sur la présence d’un arbitre. Le groupe file, ils se relait et ne demande rien. Je fais le guet à l’arrière prêt à prévenir la meute tout en surveillant que devant, aucun signe de tête des leaders ne me demande de faire ma part du job. Sur un rond-point le groupe s’effile et ma peur du gendarme additionnée à la culpabilité de tricher m’interdisent de faire l’effort pour aller reprendre ma place si confortable en queue de ce peloton. Ces 5 ou 6 kilomètres volés m’ont conduit au 60ième et je suis encore sous la barre des 2 heures. A ce point, je fais face à la vrai difficulté du parcours : le col de Cende. Ayant lu les notes de mon Gacou, je vois à peu près ce qui m’attend et je me cale sur un rythme pépère dès le pied du col. Mes jambes me demandent si elles peuvent s’enflammer mais je les retiens car j’ai beau regarder en haut, je ne vois pas le sommet qui lui même pourrait en cacher un autre. En attendant, je tape la discussion avec un allemand qui s’avère vivre à Aix depuis 20 ans et connait ce col parfaitement. Son allure est bonne et juste en dessous de la mienne. Parfait ! Je le suis et gère mon ascenssion en restant à ces cotés. Une fois encore, je double des adversaires du jour et, étrangement, cela commence à m’inquiéter. Est-ce bien gérer mes efforts, aurais-je assez de jus pour la suite ? Pourquoi les mecs n’avancent pas ? Enfin, mon allemand m’annonce « dans 100m, on est en haut ». Cette phrase tonne comme un départ de sprint et je descend un, puis deux pignons et je m’échappe tranquillement. La descente se fera sans emcombre et sur la dernière partie plate je continuerai sur la lancée en me couchant sur mes prolongateurs en regardant mes cuisses monter et descendre comme les pistons/bielles d’un bicylindre.
Aix Centre Ville sonne la dépose du vélo. Je sors mes pieds des chaussures et roule jusqu’à ce que je croise un bénévole prêt à prendre mon vélo pour le ranger. Un coup d’oeil et un gars me fait signe qu’il est « pour moi », je saute et lance le vélo vers lui. La machine continue seule dans un jeu d’équilibre parfait et l’interception est réussie…la bête est rangée. Ne reste plus qu’à courir jusqu’aux sacs de transition Run qui sont au bout de cette avenue. Le bitume est chaud et sans tapis. Mes chaussettes et les frottements sur l’asphalte me brulent la plante de pieds. Je récupère mon sac rouge et plonge dedans pour sortir mes affaires. Vaseline sur les pieds, running shoes et visière je suis prêt pour entamer mon semi non sans un passage de quelques secondes dans une cabine verte pour un coup de vaseline en haut des cuisses et un long pipi. J’avale un gel, lance mon sac chargé de mes affaires de vélo et je m’élance sur le parcours.
4 tours de 5,5km dans la vieille ville et le parc de la Torse. Mentalement je décompose cette course en un 5km de reconnaissance, un 10km et un 5km pour terminer. Comme je m’y attendais, le parcours n’est pas à mon avantage. Des ruelles, des virages à 90° (voire plus), des relances, des descentes sur chemins pierreux et des cotes. Bref, pas de possibilité de mettre en marche un rythme de croisère et « d’éteindre le cerveau » jusqu’à l’arrivée. Le premier tour passe mais je suis trop rapide. Le prochain 10km va se faire dans la douleur car j’ai attaqué mes réserves en partant trop vite. Le passage sur la Rotonde symbole de fin de tour et plus tard d’arrivée confirme que je suis bel et bien en train de réaliser un temps inférieur à 6h00 !!! Je recalcule mes temps au km pour ne plus viser un 1h45 au semi mais pour assurer cette perfe. j’ai de l’avance et je vais l’utiliser pour assurer ce temps inespéré au départ. Hormis la difficulté, le parcours est super. Les ruelles de la vielle ville offre une ombre bienfaisante en cette journée de mai, le public est présent comme sur une étape du Tour de France et le spectacle est incroyable. Il y a même carrément un passage où on passe entre les tables des terrasses des restaurants. Les enfants applaudissent et demandent des « give me 5″ alors que les parents sont à table avec un verre de rosé et des antipasti…le contraste est tel que j’en souris. Mes temps au km s’allongent et de 4’30 » au premier je suis désormais au alentour de 5’25’. J’ai chaud et je n’ai plus envie d’avancer. Mon esprit hurle de m’arrêter, de cesser cette course et de boire un coca frais. Je repousse les 2 premières idées mais cède sur la troisième. Au ravito du Stade j’accepte un verre de coca que me tend une bénévole et je le bois avec délice. Je reprends mes foulées sur un rythme de sénateur qui devrait me permettre de rallier l’arrivée sans encombre. A peine 500m plus loin, un violent point de coté me force à ralentir encore. Maudis coca, je n’arrive pas à le digérer ! Je n’aurais jamais du céder à cette envie, c’était un piège. Il faut qu’il passe au plus vite car il m’est impossible de courir dans ces conditions. Je marche et me concentre sur ma respiration. Je repars mais au bout de quelques mètres je dois recommencer le processus complet. Le second départ sera le bon et d’une foulée lourde j’entame mon troisième tour. Mon morale commence à me lacher comme il m’avait abondonné sur mes 2 marathons et sur la SaintéLyon et je dois dorénavant négocier avec ma conscience pour continuer à courir. « Après l’avenue Victor Hugo il y a une fontaine, on s’arrêtera là quelques secondes pour s’y rafraichir la tête, ok ? » J’arrache un accord de principe au petit diable au dessus de ma tête. A la fontaine je lui demande encore 200 mètres, juste après les restaurants il y a un virage à 120° et une courte côte, se sera parfait pour marcher… Le petit diable tombe dans le piège et je viens de gagner 200m de course.
« Eh, c’est Fabrice ! »
« Aller Fabrice »
« Vas-y Bouana »
Gus et Sonia sont le parcours. Ils sont venus avec leur fils Tiago pour m’encourager. Cette présence et leurs encouragements me boostent et d’un coup ma conscience retourne se cacher au fin fond de mon esprit. Je fais le beau, je me redresse et allonge une foulée qui ressemble enfin à quelques chose. Les nerfs commencent à lâcher à leur tour et voir mon pote me fait rougir les yeux. Les kilomètres s’effacent dans la douleur mais la fin du troisième tour se profile sans que je n’ai vu mon Gacou qui devrait être en train de marcher à l’heure qu’il est selon ses propres prévisions. La Cours Mirabeau arrive lentement annonçant la fin du troisième tour et juste au moment de rejoindre la chicane menant à la rue Mazarine et ses chouchous de couleur, je croise un gars qui me tend la main. Je lui en tape 5 lorsque je me rend compte qu’en fait il me faisait signe de me décaler car un homme est au sol. Je vois les pompiers, la croix rouge, un drap peut être du sang…tout d’un coup je n’ai plus chaud, au contraire un frisson me parcours de haut en bas. Rue Mazarine avant la place de la Rotonde je récupère mon 3ième chouchou sous les « c’est super Bouana » de Gus qui s’est déplacé sur le parcours. Ca ne m’arrange pas trop cette histoire car dorénavant je peux le croiser n’importe où sur le parcours et par orgeil et fierté je n’ai plus le choix que de courir les 5 derniers km de peur qu’il puisse me voir à l’arrêt.
Plus que 5 km, plus que 4 km, plus que 3 km … Un gel tous les 2 ravitos et un verre d’eau bu à chaque fois que je peux. Pas de boisson Isotonic, au diable leur RedBul et vade retro coca-cola. Toujours pas de trace de Jérôme, il doit bien être quelque part quand même ? Je croise un australien à 2 km de l’arrivée avec ses 3 chouchous à l’arrêt. Ma vitesse n’est pas franchement supérieur à la sienne mais je lui tape dans le dos et lui lance « Not now ! Come on! ». Il me regarde dépité et me dis qu’il aurait du finir 1/2 heure plus tôt déjà. La conversation s’engage et je lui réponds qu’il a juste loupé son objectif mais que ce n’est pas une raison pour finir comme ça et que, dès ce soir, il s’en voudra d’avoir affalé les voiles. Je vois une étincelle dans ses yeux et il me remercie et repart à une allure que je ne préfère pas suivre. Je suis si près du but que se cramer maintenant « aux portes de l’exploit » serait la pire des anneries.
Enfin la Rotonde est en approche. J’allonge ma foulée, entre sur la place et colle à l’extérieur pour prendre l’allée réservée aux finishers. Un bénévole est à l’entrée de se sas privé scrutant les coureurs tel le physio à la porte du Pacha Club d’Ibiza : « toi tu rentres, toi tu ne rentres pas ! » Ici, pas besoin d’être accompagné de 3 mannequins ou de se faire déposer en Bentley, il faut juste arborer 1 dossard et le bon nombre  de chouchous colorés. On me laisse pénétrer sur le tapis bleu qui mène jusqu’à la porte IRONMAN et son chronomètre qui défile depuis 8h00 ce matin. J’en ai finit avec ce semi-marathon, avec ce 1/2 Ironman de Aix et quel bonheur. J’ai encore des doutes sur mon temps global mais le sub6 semble acquis à moins de m’être royalement planté dans mes calculs. Gus arrive avec sa famille et me félicite. J’adore ce mec. Je l’ai adoré dès que je l’ai vu et je me suis battu pour l’avoir dans mon équipe…un feeling qui ne s’explique pas. Les années passées ensemble ont confirmé qu’il est unique. Il a le don de survoler toute situation complexe avec une simplicité réconfortante.
– Comment t’as fait pour me retrouver dans cette foule ? On a tous le même maillot
– Bah je me suis dit que tu devrais passer par ici tot ou tard, alors quand j’ai vu que tu avais finis ta course, je suis venu.
– Tu m’as vu arriver ?
– Non, mais je te suivais en live sur mon téléphone
– T’as mon temps d’arrivée ???
– Oui, et tous les temps intermédiaires. Pourquoi tu les veux ?

Coureur content

Une bénédiction ce type. 5h38 au total, 38 minutes dans l’eau, 2h57 sur mon Time et 1h48 sur le semi. Mon temps sur la course à pied me déçoit car il confirme ce que je pressentais depuis des semaines. J’ai perdu ma vitesse et j’ai vraiment été dans le dur durant les 21km. Je suis de 3 minutes au dessus de mon temps limite que je m’étais fixé et 8 minutes de plus que mon objectif. Mais la déception s’efface quand Jérôme me retrouve et m’encourage à regarder le temps global et surtout le 30 km/h de moyenne sur le vélo et le sub6 ! Il a raison et aujourd’hui je réalise que je ne fais plus de course à pied mais du triathlon. C’est un sport à part entière dont une partie seulement est composée de CAP. J’ai donc géré mon effort, mes ressources, mon alimentation pour finir cette course et c’est bien ainsi qu’il faut voir les choses. J’ai officiellement le droit d’être fier de moi. Je raccroche un sourire sur mon visage quand tout d’un coup, on me tape sur l’épaule. Je me retourne et me voilà happer par les bras de mon australien qui me remercie plus que chaleureusement. Il est content d’être reparti sur la dernière boucle et ses « thank you » sont sincères et touchants… »never give up and keep your spirit stronger than your mind ».
Gacou de son coté a explosé les compteurs. Presque 35 km/h de moyenne sur son S-Works furtif, une natation plus rapide que moi et un semi en 1h45 « les doigts dans le nez ». 5h12 au total et aucune douleur dans son pied en morceaux.
Gus nous invite à grignoter un truc chez lui et à profiter de sa salle de bain avant les 700 bornes de route pour rentrer à la maison. Le trajet passera super vite car après une semaine de stage et un week end à Aix, Jérôme à un besoin physique de retrouver sa famille et de les serrer dans ses bras. Sur la route, on refait la course euphorique, on prend des news des potes qui courraient sur le CD d’Enghien et les temps de chacun confirment le très haut niveau de préparation du club cette année…ça semble être de bonne augure pour l’Ironman de Nice dans un mois.

One Comment

  1. Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet

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